Marcel Bouchard nous rappelle que l’école va mal

Il y a des moments dans l’année où l’éducation revient au centre de l’actualité, et chaque fois, on peut compter sur Marcel Bouchard pour dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Ancien professeur d’éducation physique et chroniqueur bien connu de Salut Bonjour, Bouchard n’a jamais eu peur de déranger. Et franchement, il dérange encore — parce qu’il met le doigt sur des vérités que le système scolaire préfère souvent éviter.

On pourrait presque appeler cette période le mois de la critique de l’éducation. Pas un événement officiel, bien sûr, mais un rituel médiatique où Bouchard, avec son franc-parler légendaire, secoue la cage d’un système qui semble parfois s’être habitué à fonctionner en mode improvisation permanente.

Une école qui a perdu le sens du cadre
Ce qui frappe d’abord dans ses interventions, c’est sa dénonciation de la perte de discipline. Bouchard ne parle pas de nostalgie autoritaire : il parle de cohérence. De règles appliquées. De limites claires. De cette structure minimale qui permet à un jeune de comprendre où il s’en va et ce qu’on attend de lui. Aujourd’hui, dit-il, l’école hésite, recule, s’excuse presque d’exiger quelque chose. Résultat : des enseignants qui n’osent plus intervenir, des directions qui craignent les plaintes, et des élèves qui testent les frontières parce qu’on ne leur en propose plus vraiment.

L’intimidation : un problème qu’on maquille au lieu de régler
Autre cheval de bataille : l’intimidation. Malgré les campagnes, les affiches, les slogans, les semaines thématiques et les plans d’action, le problème persiste. Bouchard le dit sans détour : on ne règle pas l’intimidation avec des mots-clics. On la règle avec une culture d’école forte, des adultes cohérents, une capacité d’intervention ferme et assumée. Tant que l’école restera paralysée par la peur de déplaire, les intimidateurs auront toujours une longueur d’avance.

Les roulottes scolaires : symbole d’un système qui colmate au lieu de bâtir
Et puis il y a les roulottes. Ces fameuses classes temporaires qui finissent par rester dix ans. Pour Bouchard, elles sont le symbole parfait d’un système qui réagit au lieu de planifier, qui bricole au lieu de construire. Comment prétendre valoriser l’éducation quand des milliers d’élèves étudient dans des modules préfabriqués, parfois sans ventilation adéquate, parfois sans espace commun, parfois même sans accès direct au bâtiment principal ? Les roulottes sont devenues la métaphore d’une école qui survit, mais qui n’avance plus.

Une critique qui dérange parce qu’elle sonne vrai
Ce qui rend les interventions de Marcel Bouchard si percutantes, ce n’est pas seulement son ton direct. C’est le fait que ses critiques rejoignent un malaise réel, palpable, partagé par des enseignants épuisés, des parents inquiets et des élèves qui sentent eux-mêmes que quelque chose cloche. L’école québécoise traverse une crise de sens : elle multiplie les réformes, les cadres, les programmes, mais elle peine à définir clairement ce qu’elle veut former. Des citoyens ? Des travailleurs ? Des êtres humains capables de jugement ? Tout cela à la fois ? Rien de tout cela vraiment ?

Bouchard, lui, ramène la discussion à l’essentiel : la discipline, la responsabilité, la cohérence, le respect, l’effort. Des mots simples, mais qui semblent aujourd’hui presque subversifs. L’éducation a besoin de débats francs, pas de discours aseptisés. Et qu’on aime ou non son style, Marcel Bouchard a le mérite de rappeler que l’école n’est pas seulement un lieu d’apprentissage : c’est un lieu où l’on forme des êtres humains. Et ça, ce n’est jamais un sujet qui devrait être traité à la légère.


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